Peuple semi-nomade, les Mursi vivent dans la vallée de l’Omo, au sud de l’Éthiopie. Comme de nombreuses tribus d’Afrique, les Mursi décorent leur corps avec des scarifications et des peintures de guerre. En fines lignes parallèles ou en cercle, la peau boursouflée symbolise le courage d’un homme ou la beauté d’une femme. Munis de kalachnikovs, les Mursi ont l’esprit guerrier. Avec force, ils protègent le village et le bétail des autres tribus. Un combat de chaque instant.
Texte : Alexandra Bay – Article publié dans Tatouage Magazine

Mursi, de la nécessité de survivre
Avec leur plateau labial, leurs imposants bijoux et peintures de guerre, les Mursi impressionnent. La kalachnikov sur l’épaule, le corps scarifié et le regard noir profond composent le portrait de ces combattants. Et ce sont de sacrés guerriers ! Ils attaquent quiconque menace le troupeau ou le groupe. Les Mursi ont engendré de nombreux conflits. Estimés à près de 10 000, les Mursi occupent un territoire étroit situé entre le fleuve Omo et la rivière Mago. Ces derniers « cohabitent » tant bien que mal avec leurs voisins : les aari, les banna, les bodi, les karo, les kwegu, les nyangatom, et les suri.
La vie est dure en Éthiopie, dans la vallée de l’Omo. C’est une région isolée. Le climat est sec et les paysages désertiques. Les rares oasis provoquent des affrontements violents. L’eau est une ressource précieuse pour nourrir le bétail vénéré par les Mursi. Signe de richesse, les bovins sont autant décorés que leur propriétaire : peintures, bijoux et même découpe des oreilles.
Lors de la saison sèche, de septembre à février, les hommes se déplacent au plus près de la rivière l’Omo. Durant plusieurs semaines, les bêtes pâturent et s’abreuvent. Seuls dans les villages, les femmes et les enfants demeurent vulnérables. À tout instant, les ennemis peuvent les attaquer et les déposséder de leurs terres.

Estimés à près de 10 000, les Mursi occupent un territoire étroit situé entre le fleuve Omo et la rivière Mago.
Conflits incessants
Les nyangatoms les ont déjà délogés à coup de kalachnikov et de lance-roquettes. Comment ? Grâce à l’extraction de l’or, ils ont acheté des armes pendant la guerre civile du Soudan, en 1983. Progressivement, les balles ont remplacé les flèches, plus efficaces. Depuis, la kalachnikov fait partie intégrante de la parure des Mursi. C’est même devenu une image d’Épinal : plateau labial, kalachnikov et scarifications. Comme de nombreuses tribus d’Afrique, les Mursi pratiquent la scarification depuis des millénaires.
La vie est dure en Éthiopie, dans la vallée de l’Omo. C’est une région isolée. Le climat est sec et les paysages désertiques. Les rares oasis provoquent des affrontements violents. L’eau est une ressource précieuse pour nourrir le bétail vénéré par les Mursi. Signe de richesse, les bovins sont autant décorés que leur propriétaire : peintures, bijoux et même découpe des oreilles. Lors de la saison sèche, de septembre à février, les hommes se déplacent au plus près de la rivière l’Omo.
Durant plusieurs semaines, les bêtes pâturent et s’abreuvent. Seuls dans les villages, les femmes et les enfants demeurent vulnérables. À tout instant, les ennemis peuvent les attaquer et les déposséder de leurs terres.
Les chéloïdes (cicatrices boursouflées) sont plus sombres et donc, plus visibles sur les peaux noires.
Scarifications, une pratique ancestrale
Dès le paléolithique, on retrouve une cicatrice sur le visage de la dame de Brassempouy. Cette petite statuette en ivoire de mammouth, haute de 3,65 cm, est découverte dans les Landes en 1894. La dame de Brassempouy est le plus ancien témoignage de ce rituel.
On peut observer une fine et longue ligne sur son visage. Les archéologues l’ont interprété comme une scarification. Intrigués par ces cicatrices, les scientifiques mènent des recherches depuis des siècles. Ainsi, en 1946, la société des africanistes (une revue scientifique) publie un bulletin sur les mutilations en Afrique.
Elle explique que les Africains favorisent la scarification au tatouage. En effet, les chéloïdes (cicatrices boursouflées) sont plus sombres et donc, plus visibles sur les peaux noires. La scarification est une « incision pratiquée sur la peau afin d’obtenir des cicatrices en relief ou en creux constituant une marque tribale, un rite d’initiation ou répondant seulement à des fins esthétiques. »
La plupart des scientifiques s’accordent à dire que c’est la carte d’identité d’un individu. La société des africanistes relève quelques groupes distinctifs comme les scarifications familiales, tribales, décoratives, rituelles et commémoratives. Les Mursi utilisent les scarifications comme signe de force pour les hommes ou de beauté pour les femmes.

Le sang est un luxe (une prise de risque) qu’on ne peut faire couler que si le reste va bien. […] en faisant couler le sang de manière volontaire et contrôlée, les Mursi en reprennent l’initiative.
Jean-Baptiste Eczet, anthropologue.
La peau perlée des mursi
Dans son étude « Les belles idées de la défigurée : à propos du plateau labial des Mursi (Éthiopie) », l’anthropologue Jean-Baptiste Eczet propose une interprétation des scarifications : « […]elles sont issues d’un même problème initial (sang qui coule) qui se retrouve dans différents évènements (combats, maladie, physiologie) traités sous une forme commune (découpe de la peau et saignement) de manière individuelle (douleur personnelle) faisant l’objet d’une sanction sociale (trace visible de la scarification) ».
Au sein de la tribu Mursi, le sang est un symbole de mort. Grâce à la scarification, ils maîtrisent le sang qui coule. Lorsqu’ils s’infligent des incisions, ils anticipent la mort et la contrôlent. Le sang est un symbole important pour les Mursi. D’ailleurs, ils boivent régulièrement le sang d’un animal sacrifié.
Au sein de la tribu Mursi, les hommes et les femmes pratiquent les scarifications. Par exemple, les kichoa sont unisexes : trois bandes horizontales sur les muscles abdominaux. Trois lignes de tirets forment les 3 bandes horizontales. Seules les femmes séparent ces kichoa par une bande verticale sur le ventre, préconisée avant la grossesse. Elles portent aussi une scarification spécifique sur l’épaule, leur « carte d’identité ». Les hommes affichent leur courage grâce aux scarifications apparentes sur les bras. En forme de fer à cheval, elles symbolisent l’ennemi tué au combat.

Processus douloureux
Du courage, le Mursi doit en avoir lors du processus de scarification. Le processus dure longtemps, en plus d’être particulièrement douloureux. La peau est soulevée avec une épine d’acacia. Puis le mursi pratique 2 incisions au rasoir à 90° de la peau tendue. Une fois l’opération terminée, les cicatrices à vif sont rincées à l’eau. Puis, elles sont recouvertes de charbon et de cendre.
Le ou la scarifié(e) doit endurer les incisions, sans gémir, ni bouger. À partir de la puberté, l’opération doit être renouvelée de nombreuses années pour recouvrir le corps de jolies chéloïdes régulières. Une pratique qui aiguise l’esprit guerrier de nos futurs combattants.
[lors des combats du thagine] les guerriers doivent faire couler le sang, mais ne pas tuer.
Les jeunes Mursi, de futurs guerriers
Réputés agressifs, les autres tribus craignent les Mursi. Dès l’adolescence, les jeunes hommes doivent prouver leur virilité au cours de la cérémonie thagine. Cette tradition populaire dure plusieurs jours. L’évènement festif marque la fin des récoltes.
C’est un duel au donga (bâton) qui se déroule une fois par an. Le donga de 2 mètres de long est taillé en forme de phallus, à sa pointe. Avant de se battre, les jeunes guerriers portent le tumoga, un costume traditionnel protecteur. Ils ont fière allure avec leurs défenses de phacochères sur la tête, peau de léopard et jambières en cuir de zébu.
Lorsque le combat débute, les jeunes Mursi se dénudent et s’affrontent. Les guerriers doivent faire couler le sang, mais ne pas tuer. Pour gagner, le jeune guerrier esquive les attaques et renverse l’adversaire. Les coups doivent être portés avec la pointe du donga.

Un vainqueur choyé
Les anthropologues considèrent cette cérémonie comme une forme de violence ritualisée. Ainsi, le thagine symbolise les conflits des Mursi avec les autres tribus : un jeu de guerre sous contrôle. Les kwethani (arbitres), des hommes plus âgés, veillent au bon déroulement du thagine. Les jeunes Mursi doivent faire preuve de dignité et perdre avec fair-play.
Les hommes du même âge que le vainqueur le portent autour du champ. Puis les dole juge doivent l’entourer. Ce sont les femmes célibataires qui appartiennent au clan de sa mère. Elles déposent des peaux de chèvre au sol pour que le vainqueur puisse s’asseoir. Elles étirent un tissu de coton au-dessus de la tête du vainqueur. Ce rituel représente la mère qui protège son bébé du soleil.
https://goingawesomeplaces.com/mursi-tribe-donga-stick-fighting-tournament-brutal-unexpected
La cérémonie du thagine joue un rôle décisif dans la société des Mursi. Elle permet aux vainqueurs de se marier et surtout, de prouver leur bravoure.
L’argent et l’alcool
Aussi combatifs soient-ils, les Mursi sont en danger. Étonnamment, ce ne sont pas les tribus voisines qui les menacent, mais « l’homme blanc » dans toute sa splendeur. Dans son livre « Du corps humain comme marchandise », l’anthropologue Serge Tornay déclare que la vallée de l’Omo est devenue un piège à touristes. Cette région de l’Ethiopie s’est transformée en mise en scène des origines de l’humanité.
Les descendants de Lucy attirent les touristes et les photographes. Pour des salaires de misère, les Mursi prennent la pose. Serge Tornay évoque même un harcèlement photographique avec des mises en scène à la demande, comme les femmes contraintes de mettre et retirer leurs énormes labrets en permanence.
« L’anthropologue Serge Tornay déclare que la vallée de l’Omo est devenue un piège à touristes. »
Tourisme
Désormais, les Mursis ont choisi de vivre du tourisme. Ils ont délaissé le bétail et l’agriculture. Sans ces activités quotidiennes, les hommes se sont mis à boire. Ils sont vite saouls durant la journée. Le tourisme accru a déconnecté la tribu Mursi de ses traditions.
Cela fait quelques années que le Gouvernement éthiopien souhaite intégrer la tribu Mursi dans la société moderne. Que va-t-il advenir d’eux ?
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Sources :
« Les belles idées de la défigurée : à propos du plateau labial des Mursi (Éthiopie) » — Jean-Baptiste Eczet
Dr. Pales L. Les mutilations tégumentaires en Afrique noire. Journal de la société des Africanistes. Tome 16 – 1946.
Chippaux Claude. Sociétés et mutilations ethniques. Bulletins et Mémoires de la Société d’anthropologie de Paris, XIII° Série. Tome 9 fascicule 4, 1982. pp. 257-265
Serge Tomay — Du corps humain comme marchandise — Mythe primitiviste et harcèlement photographique dans la vallée de l’Omo, Éthiopie